« Attend je compte… Un, deux, trois, ah oui et le quatrième… rooooo là j’ai eu mal pour lui. Bon bah voilà je crois que j’ai battu mon record aujourd’hui. 4 en 1h30 de session c’est pas mal. Bravo Flosy. Faut dire que j’ai mis le paquet aujourd’hui… Balancer un mctwist avec ma jupe rouge de chez Sandro c’était assez inattendu, on voit le résultat, ils tombent comme des mouches.*

Flosy, c’est moi. Petite meuf un peu parisienne d’1m59 à qui il manque 1cm pour être dans la moyenne de taille française. Mais ça me va assez bien, j’aime bien être en dehors des moyennes. Alors voilà pour que ça soit claire entre nous, je me permets de préciser que je n’appartiens pas nonplus au gang grandes chaussettes et tee-shirts hermaphrodites. Perso, je suis plutôt culotte en dentelle, jupe à volants et col claudine. Alors si tu retrouves une ballerine trouée sur le park, c’est forcément la mienne. T’auras pas de mal à retrouver ta cendrillon comme ça, vois-y un avantage.

Le skate c’est mon truc mais j’arrive jamais dans un skatepark sans Sam. Il porte bien son nom le pauvre puisqu’il conduit quand je picole… mais il est aussi et surtout mon pass d’entrée dans les parks que je ne connais pas. Faut pas se mentir, quel genre de nana s’est déjà sentie à l’aise seule dans un skatepark ? C’est un peu comme les boîtes de nuit en fait. Si t’es un gars et que tu viens accompagné d’une bombe, t’es sûre de rentrer. Bah moi si je viens skater avec Sam, j’suis sûre qu’on me fera pas chier. Je t’entends d’ici… « Quelle vulgaritéééé Flosy… » roh ça vaaa le titre ne t’a pas choqué.

Faut pas croire qu’un skatepark soit une zone ouverte à tous. Olala non, bien au contraire. C’est un peu comme dans le surf, tu dois prouver que t’as ta place et que tu vaux mieux qu’une troticrotte. Puis je voudrais pas faire ma femen mais c’est encore pire quand t’as des boobies. Soit on te prend pas au sérieux, soit on te laisse même pas le temps de te prendre au sérieux. Mais finalement j’aime bien ce petit effet kiss cool que je provoque. Quand les gars me voient débarquer ils se disent « oula celle là, elle s’est pris la tête avec Marc Henry la nuit dernière et elle a décidé de se suicider dans la rampe ». Puis après c’est moi qui compte les suicides quand je refais mon lacet en haut du bowl ou que je balance mon mctwist*.

« Au delà du fait d’être acceptée par les autres, il faut oser soi-même et se dire qu’on a pas de couilles mais qu’on a des jambes comme tout le monde. »

Être une nana seule dans un skatepark, c’est un peu comme être un taureau dans une arène. T’es épiée, ça intrigue les gars. Puis au delà du fait d’être acceptée par les autres, il faut oser soi-même, tenter de se sentir à l’aise dans cette testostérone ambiante et se dire qu’on a pas de couilles mais qu’on a des jambes comme tout le monde. Alors ouais, ils me regardent, ça me derange mais si j’y fais attention c’est encore pire.

Non mais c’est clair que je n’ai pas le look de la skateuse type. Mais si j’aime avoir les jambes nues et sentir ma jupe qui vole quand je balance mon ollie c’est mon problème. J’suis pas le genre de nana détendue du néoprène si tu vois ce que je veux dire… j’ai pas un corps d’athlète, ni les cheveux longs décolorés et encore moins une collection de Stance. J’ai rien de tout ça, j’ai juste mon skate et c’est déjà pas mal.

Finalement ça me fait assez rire de voir le look des nanas dans ce genre d’endroit. T’as l’impression qu’elles se sont déguisées en mecs pour passer incognito. Elles leur ont volé leurs sweats, leurs casquettes et même leurs bermudas parfois. J’ai du mal à comprendre ce délire. T’imagines si un mec qui prenait des cours de danse classique venait sapé en body rose velours ? Permet moi de dire… Malaaaaaaise !

Bien-sûr, je porte aussi des jeans quand j’ai trop de bleues et de brûlures sur les cuisses ou alors qu’il fait trop froid. Mais je sors mon col Claudine et on en parle plus. En fait, dans le skate tu as deux camps. Tu as celles qui ont des coupes de cheveux méga courtes et qui achètent leurs fringues rayon hermaphrophro. Elles dissimulent leur poitrine avec des brassières qui leur font des oeufs aux plats et des tee-shirts XXL pour tromper le physionomiste du park. « Allez Justine, on t’a vu, montre nous ce que t’as sous ton pull ! » Et puis tu as celles à moitié nues, qui ne cachent rien mais alors rien du tout… Tu sais celles qui font des turns sous les yeux ébahis des mecs qui ne rateront sous aucun prétexte le moment où leurs boobs se feront la malle de ce tout petit morceau de cotton qui descend à peine jusqu’à leur nombril. J’aime assez cette diversité je crois et je trouve ça fun à voir. J’me sens parfois un peu seule dans ma team mais tant pis, je me dis qu’un jour viendra où on ira faire les boutiques The Kooples, Bash ou Sandro un skate à la main et ça sera cool.

Je dis pas ça pour blâmer qui que ce soit, on s’habille comme on veut et dieu merci ! Ces nanas détestent mon look… Mais surtout on est en 2018 ! Merde les gars, ça serait bien que ça s’arrête les pubs dans lesquelles les skateuses servent d’argument commercial douteux. Montrez nous des pectoraux humides plutôt. Tiens, hein, c’est beau ça, les pectoraux humides… Qu’on soit en jupe ou en short, on nous prend pour des bouts de viande. Avec ma jupe je revendique le fait qu’on puisse être féminine et talentueuse. Au diable le XXL, je vais pas tenter de me cacher dans la catégorie homme pour montrer que je sais skater. Puis quoi encore ! Je veux de la jupe qui tourne comme jamais, des détails dans mes encolures et des imprimés printanier. Pourvu que ça soit cucul et que ça en gène quelques-uns.

Puis, entre nous… « enlèves ta culotte c’est moi qui pilote », c’est has been. La preuve.

Flosy. »