Jade est l’une des seules surfeuses du Congo, où elle vit avec sa famille, pourtant originaire de bretagne. 17 ans, peur de rien, elle affronte les vagues méconnues de l’Afrique avec une confiance déconcertante et une certaine maturité. Comment une jeune surfeuse s’est-elle retrouvée au beau milieu du continent Africain ? Découvrez le portrait étonnant de Jade Bouvarel.

Peux-tu te présenter en quelques lignes, nous dire d’où tu viens, ton âge et ce que tu fais dans la vie ? 
Salut ! Je m’appelle Jade, j’ai 17 ans et autant d’années de vécues en Afrique, au Congo. Pourtant je suis originaire de Bretagne, de Concarneau précisément et cela fait souvent sourire les gens. Quand je rencontre du monde et que je me présente, la question qui m’est posée à chaque fois c’est : « Mais Jade, comment tu t’es retrouvée en plein milieu de l’Afrique ? », et encore ça c’est pour ceux qui savent où se situe le Congo haha ! Je suis cette année en classe de terminale S dans un lycée français où j’y ai fait toute ma scolarité. Malheureusement c’est ma dernière année ici, à Pointe-Noire, car je dois rentrer en France pour faire mes études supérieures !

Quand et où as-tu commencé le surf ?
J’ai fait mes débuts en surf ici, au Congo quand j’avais à peu près 12 ans. Mais je dois avouer que c’était plutôt galère ! C’est pour ça que personne ne doit se décourager même si c’est dur ! Après je dois dire que franchement ce n’est pas désagréable d’apprendre avec une eau à 27 degrés quasiment toute l’année ! J’en connais beaucoup qui vont râler héhé !

« La seule chose qui rend un rêve impossible est la peur de l’échec. »

Comment et pourquoi as-tu commencé à surfer là-bas ? 
C’est mon papa qui m’a appris à surfer et qui a réussi à ancrer ce sport mais surtout cet art dans ma vie. Lui-même à commencer le surf au Congo quand il avait mon âge, et, je crois, que l’un de ses rêves était de partager des sessions avec moi ! C’est chose faite !

Tu vis au Congo depuis toute petite, comment as-tu atterris là-bas ?
Je l’attendais cette question haha ! Mes parents se sont rencontrés dans le lycée où je suis actuellement. Ils y étaient de par le travail de leurs parents. Une fois leur bac en poche ils sont partis faire leurs études en France et sont revenus travailler au Congo. C’est donc comme ça que j’ai atterri là !

à tout ce qui nous reste à vivre, joyeux anniversaire ptite sœur 💜

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Est ce que c’est difficile d’être surfeur au Congo ? trouver des planches, les faire réparer, trouver de la wax, aller à l’eau…
Je ne dirai pas que c’est difficile mais plutôt très différent de ce qu’on peut connaître en France ou ailleurs dans le monde où il y a tout un business autour du surf. Concernant les planches on doit les ramener de France et c’est toujours un grand moment de stress quand on les déballe à l’arrivée… Avec beaucoup de chance et aussi un emballage de pro elles peuvent arriver saines et sauves. Mais combien de fois j’ai récupéré des planches avec le rail complètement écrasé comme si on avait roulé dessus !!! Franchement ça craint quand la planche n’a même pas goûter le sel de la mer… Dans ces cas-là on doit alors les réparer. Certains locaux s’en occupe parfois mais je trouve ça cool de s’occuper soi-même de sa planche, on est encore plus heureux du résultat, ou pas hahaha ! Mais il faut quand même ramener des kits de réparation. C’est comme la wax, quoi qu’on peut quand même en trouver ici mais le prix pique un peu. Sinon pour aller à l’eau il y a toujours moyen de trouver les conditions adaptées en fonction de ses limites. Il suffit juste d’être patient et de laisser mère nature faire son boulot ! Après les spots sont quand même assez près mais on en a pas des masses. Je suis sûre que si on s’aventure le long de la côte on a de quoi trouver de sacrées vagues, comme l’a fait Lost in the Swell au Gabon. Ils ont été à quelques kilomètres à peines de la frontière Congo-Gabonaise, alors il n’y a pas à douter !

« A la Torche, quand les locaux trouvent qu’il n’y a personne j’ai déjà l’impression que c’est la Chine à l’eau. »

Y a t-il beaucoup de surfeurs là-bas et surtout de filles comme toi qui n’ont pas peur d’aller à l’eau ? 
Ça dépend à partir de quand on considère qu’il y a beaucoup de surfeurs. Si je compare à La Torche, le spot où je surf principalement quand je suis en Bretagne, la réponse est clairement non ! Quand les locaux trouvent qu’il n’y a personne j’ai déjà l’impression que c’est la Chine à l’eau. Comme quoi tout dépend de ce à quoi on est habitué ! Après je me dis que c’est l’été donc que c’est un peu normal. Je surf aussi régulièrement à Taghazout au Maroc et j’aime énormément. Quand les conditions sont parfaites il y a pas mal de monde mais l’avantage est qu’il y a pleins de spots donc on n’est pas tous au même endroit. Par contre ici on est que deux filles à surfer et à partager la même passion… On a commencé pratiquement en même temps et depuis qu’on est toute petite on est vraiment inséparable. Ça nous unie encore plus dans la pratique du surf… Jusqu’à qu’elle me taxe une vague hahaha ! Petite pensée pour toi Océane.

Est ce que les spots sont difficiles ? (requin, danger, culture)
Le spot principal s’appelle la Pyramide, je dirai que c’est l’un des spots les plus mythiques. C’est un beach break donc ça ne me fait pas peur. Par contre dès qu’il s’agit de reef, je reste sage ! A part des tortues et des aiguillettes pas de danger à signaler ! N’empêche que j’ai un pote qui s’est pris l’aiguillette à 2mm de la carotide, ça lui a fait tout drôle, jamais les médecins en France n’avaient vu ça !

« On est que deux surfeuses là-bas mais quoi que disent ou pensent les autres on va pas s’arrêter de faire du surf alors que c’est ce qu’on aime faire ! »

Comment est-ce que s’est vu au Congo d’être une fille qui surfe ? 
A mon avis je crois que ça dépend de la mentalité de chacun. Il y en a toujours certains qui s’en fichent un peu et qui disent que tant qu’on ne devient pas plus fortes qu’eux tout va bien. Mais ici je ne crois pas qu’ils soient nombreux. Les adultes sont hyper contents de nous voir toutes les deux surfer, beaucoup nous donnent des petits conseils c’est vraiment hyper sympa. Mais quoi que disent ou pensent les autres on va pas s’arrêter de faire du surf alors que c’est ce qu’on aime faire !

Avec qui surfe tu le plus souvent ? Est-ce que ta famille surfe aussi ? 
Avec Océane bien sûr ! Même quand il n’y a pas de vagues on va ramer histoire de se laver la tête et de profiter. Je dois avouer que je me sens aussi bien les pieds sur terre que le corps dans la mer. Sinon c’est avec les potes de ma classe dont certains qui sont souvent à l’eau. Puis mon papa bien sûre. Ma maman s’y est mise mais elle fait plutôt du SUP ! Comme quoi il n’y a pas d’âge et c’est ça qui est vraiment cool !

Peux-tu nous décrire ton spot préféré ? 
Mon spot préféré ? Si je devais expliquer tout ce que j’aime on n’y serait encore pour un bon bout de temps. C’est assurément Mvassa ! C’est un reef où parfois déroule une très longue gauche. Mais y en a pour tous les goûts. C’est vraiment un petit coin de paradis, quasiment personne à l’eau la plupart du temps ça se résume à Océane, son frère, Théo et sa famille ainsi que moi. C’est vraiment la bonne ambiance. Mais il faut quand même essayer de faire sa place et prendre des risques sur les rochers pour avoir certaines vagues, au risque de casser sa board ou de se déchirer la peau mais c’est toujours sympa héhé ! On y passe nos week end, dans ce qu’on appelle des « cases » entourées de palmiers juste au bord de la mer…

Tu ne dois pas être embêtée par le monde, est ce que tu trouves que c’est plus facile de progresser là-bas qu’ailleurs ? 
Oui et non je dirai. D’abord parce que les spots ne sont pas blindés et qu’on se connait tous, à mon avis ça aide dans le sens où les autres sont plus indulgents. Je sais que quand j’ai commencé le surf et même encore j’ai toujours peur de déranger les autres. Puis avec une eau chaude franchement c’est bien plus facile, on n’a pas à se poser 60000 questions avant de se jeter à l’eau. Par contre même si on peut aller plus facilement aller à l’eau, il n’y a pas d’école de surf ou des trucs du style comme on voit partout sur la côte basque ou même en Bretagne ! Du coup on peut se trainer des défauts sans le savoir et c’est un peu gênant haha !

Penses-tu qu’un jour cela puisse être une destination surf incontournable ? 
Pour l’instant, je ne suis pas sûre ! Les spots ne sont pas hypers nombreux. Si les surfeurs décident de venir ici pour surfer, ce qui serait intéressant de faire c’est de faire un trip sur la côte un peu à la « wild ». Mais pour ça à mon avis faut vraiment être hyper motivé et préparé parce que entre les problèmes politiques, le risque de tomber malade sans qu’on puisse venir vous chercher et le prix du billet d’avion complètement exagéré… Mais pour les fans d’adrénaline pourquoi pas !

« On va en cours en rêvant aux vagues qu’on pourrait surfer mais aussi aux potes de France qu’on aimerait bien avoir avec nous ici. C’est entre autres grâce à eux qu’on réalise la chance qu’on a de connaitre ça. »

Peut-on vraiment avoir un lifestyle de surfeuse au Congo ?
Ah yes carrément !!! On est quand même la tête sous les cocotiers, les fesses dans l’eau ou sur sa planche et les pieds nus dans le sable toute l’année, ça en fait rêver plus d’une ! C’est juste dommage de ne pas avoir de photographes qui puissent nous prendre en photo quand on surf… Dès qu’on peut on va surfer avant les cours et on arrive au lycée les cheveux pleins de sel et mouillés ainsi que les tongues aux pieds. Mais faut pas se dire qu’on passe nos journées à la plage à chiller… On a de longues journées de cours et beaucoup de boulot et il faut bien qu’on ait un métier plus tard. Alors on va en cours en rêvant aux photos qu’on pourrait faire, aux vagues qu’on pourrait surfer mais aussi aux potes de France qu’on aimerait bien avoir avec nous ici. C’est entre autres grâce à eux qu’on réalise la chance qu’on a de connaitre ça.

Un conseil pour une nana qui vit dans un endroit où il y a peu de filles à l’eau ? 
Absolument ! Si tu fais partie des courageuses qui n’ont pas peur de montrer que les filles peuvent aussi rider, dis-toi déjà que tu fais avancer les choses. Continue de vivre pour ta passion et fais les choses pour toi. Prend les vagues que tu veux, déchire-les ou tombe comme du n’importe quoi, mais éclate-toi. Le regard des autres mecs à l’eau n’est pas important. Peu importe ce qu’ils disent tu es capable de surfer même si tu n’as pas le corps de rêve, même si t’as pas de longs cheveux blonds et même si t’es une fille ! Si tu ne peux pas prouver au monde entier que tu surfes, prouves le toi. Surfe passionnément et respecte la mer. Comme l’a dit Paulo Coelho : « La seule chose qui rend un rêve impossible est la peur de l’échec ». Alors soit inspirée et va surfer !

Merci beaucoup Jade.